Reconnaître les compétences plutôt que les défaillances

Témoignage de Nathalie Fouchard, Cheffe de service éducatif du SESSD de l'ISETA - Linselles

C’est en 2003 que Nathalie intègre le Service d’Éducation et de Soins Spécialisés à Domicile (SESSD) de l’ISETA (Institut Spécialisé pour enfants et adolescents présentant une Épilepsie ou un Trouble spécifique des Apprentissages). Son parcours est plutôt atypique. « J’aime le statut d’apprenant », déclare-t-elle.

Directement après son bac, elle est pré-stagiaire pendant quatre ans au sein d’une équipe de cinq éducateurs ayant obtenu les financements pour la création d’un Foyer d’accueil de dix enfants. Elle décide ensuite de suivre une formation d’éducatrice spécialisée. Nathalie passe également le concours pour être institutrice. Elle n’est pas admise du fait d’un sujet oral assez polémique à l’époque : l’affaire de Montfermeil (en 1990, le maire de cette ville avait décidé de ne plus entretenir deux écoles au prétexte d’un trop grand nombre d’enfants issus de l’immigration).

Elle effectue pendant quatre ans des remplacements dans des écoles privées de Lille. « Le regard porté sur l’élève est primordial. La bienveillance et l’encouragement peuvent faire la différence chez les enfants », affirme-telle. Elle s’oriente alors vers une licence en sciences de l’éducation puis vers un cursus universitaire en sociologie qui la mène à un diplôme de troisième cycle. C’est pour elle une manière de prendre du recul par rapport aux politiques publiques, aux organisations et au secteur médicosocial.

Diplômes en poche, elle occupe pendant trois ans un poste d’éducatrice spécialisée à mi-temps à Roubaix auprès de personnes toxicomanes. Nathalie arrive ensuite à l’ISETA. Le SESSD compte vingt enfants accompagnés et treize professionnels (pas tous à temps plein !). « Nous accueillons les enfants avec bienveillance et nous les invitons à communiquer librement », exprime-t-elle.

Nathalie est une cheffe de service plutôt « cool » ! Dans l’équipe, elle a toujours la volonté de prendre les décisions de manière collégiale. Les professionnels s’investissent et les résultats sont visibles. Elle a complètement confiance en son équipe. Une enseignante détachée de l’éducation nationale accompagne les enfants du SESSD. Ce travail collaboratif est important. Il permet de changer le regard des enseignants sur les enfants accompagnés, en diversifiant leurs méthodes, notamment en utilisant plus de visuels. « Les enfants du SESSD sont souvent perdus à l’école. C’est très difficile pour eux, comme s’ils étaient en immersion dans un pays étranger. Ils peuvent donc être vite démotivés », explique-t-elle.

Malheureusement, la liste d’attente des enfants devant rejoindre le service augmente au fil du temps. Une extension est primordiale pour une prise en charge plus importante même si, Nathalie en est bien consciente, la tendance est à la restriction budgétaire.

Pour Nathalie, deux évolutions majeures sont à prendre en compte dans l’accompagnement futur des jeunes enfants. Une forte augmentation des troubles du neuro-développement, comme les troubles du langage, du comportement, l’hyperactivité ou l’autisme. Elle amène à re-questionner les types et modalités d’accompagnement. La « désinstitutionnalisation » est aussi à prendre en compte. Le manque de moyens peut avoir des répercussions importantes. L’accompagnement des enfants est donc un enjeu de taille, pour qu’ils s’incluent plus facilement dans la société une fois adultes.

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